« Miguel Serdoura, the new prince of the lute. » Ernst Van Bek, Classiquenews.com, 2011, France

Critique du CD "Austria 1676", par Benjamin Ballifh - Classiquenews.com


 

austria 1676

Brilliant Classics, catalogue number 94331

Austria, 1676 L'inouï existe bel et bien au disque et ce nouvel enregistrement du luthiste prodige, Miguel Yisrael, l'un des élèves les plus doués d'Hopkinson Smith, le démontre sans réserve: répertoire audacieux et méconnu; raffinement hagogique, souplesse et intériorité; élégance (typiquement viennoise et d'autant plus appréciée pour les compositeurs retenus et la période élue), subtilité du jeu... rien ne manque à l'interprète qui né en 1973, signe l'un de ses albums les plus accomplis, prolongement naturel de ses précédentes réalisations: Les Baricades mistérieuses (2008), et l'excellent dernier cd, prélude à ce dernier: la cour de Bayreuth (2010). A l'heure où beaucoup de joueurs pas aussi scrupuleux trompent le public en jouant théorbes et autres succédanés, infiniment plus faciles pour les doigts, Miguel Yisrael réactive la pure tradition des poètes musiciens; en lui s'incarne la génération nouvelle des luthistes souverains, maîtres de leur approche (d'autant plus méritante sur ce luth baroque à 11 cordes), sûrs dans l'accomplissement d'un style épuré et articulé, tour à tour inspiré, ductile, d'une finesse souvent arachnéenne.

Ivresse et élégance du luth viennois

Le luthiste qui vit à Paris déploie mille grâces tissées dans l'étoffe du coeur et de la sincérité dans les oeuvres de Wolff Jacob Lauffensteiner (1676-1740) dont toutes les pièces ici ressuscitées hormis le Partita en do mineur, restent inédites et donc présentées en première mondiale. Au carrefour des deux siècles, entre Allemagne et Italie, le choix de Miguel Yisrael souligne combien l'école autrichienne, en particulier viennoise de Luth est d'une magistrale plénitude, égale soeur des compositeurs français. Lauffensteiner et Weichenberger, son contemporain (1676-1740), sont les tenants d'une esthétique d'un raffinement unique à ce jour dont le jeune luthiste s'entend à merveille à nous apporter l'éloquente ivresse. Profondeur d'un temps suspendu du premier Andante (Partita en sol mineur); agitation palpitante de la Courante qui suit; balancement aux confidences intimes de la Gigue qui ferme la première série de 6 pièces... on ne saurait laisser dans l'ombre les qualités de suggestions et d'allusions expressives qui émanent de la Partita suivante en do mineur dont le tombeau initial saisit par l'intelligence et la clarté de la structure; sa tension et sa retenue se libèrent heureusement par l'écoulement de la Courante qui lui succède. Le jeu tout en nuance et stupéfiante flexibilité du luthiste éclaire les qualités et le caractère spécifique des partitions choisies.

Epanouissement majeur, les 6 pièces de la Partita finale (en si bémol, signée Lauffensteiner) résume l'excellence du luthiste: finesse et pudeur, respiration ample, vision toute en suggestion, justesse stylistique... comme l'atteste la seule succession des trois ultimes morceaux: Bourrée, Menuet, Gigue.

On ne saurait atteindre aujourd'hui une plénitude sonore, une justesse fine et articulée plus convaincante; mais en plus de sa maturité stylistique et interprétative, le luthiste ajoute aussi l'audace de répertoires totalement méconnues (quand d'autres ont fait leur beurre et leur gloire immédiate avec des transcriptions de Bach ou d'autres compositeurs baroques): Miguel Yisrael semble jouer ces Viennois en particulier Lauffensteiner comme s'il parlait. Album coup de coeur de la Rédaction cd de classiquenews (juin 2012). Austria 1676. Wolff Jacob Lauffensteiner (1676-1754), Johann Georg Weichenberger (1676-1740): Partitas. Miguel Yisrael, luth baroque 11 cordes. 1 cd Brilliant classics.

Enregistrement réalisé en octobre 2011, Brilliant Classics. Ref.: 94331


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